Limitation de vitesse – 80 km/h

Une mesure de Sécurité Routière, vraiment ?

On peut être en droit d’en douter . . .

 

Annoncée par un 1er Ministre qui a prévenu dès le départ qu’il resterait inflexible sur la décision, cette mesure manque cruellement de fondements techniques et scientifiques pour asseoir sa crédibilité.

Tout au plus un argument arithmétique digne d’une classe de CE2 ou CM1 partant du postulat que baisser la vitesse de 10 % devrait permettre de baisser le nombre de victimes de 10 %.

 

 

Dommage que nous ayons des dirigeants se contentant de méthodes aussi simplistes pour justifier leurs décisions. Osons seulement espérer que d’autres sujets soient traités avec moins de légèreté. Cependant, 20 ans plus tôt, un retour en arrière inciterait à en douter : les dirigeants de l’époque, Lionel Jospin et Martine Aubry, respectivement 1er Ministre et Ministre du Travail sous la Présidence de Jacques Chirac, partaient d’un postulat similaire en 1997 pour affirmer que baisser la durée légale du travail de 10 % allait créer (mécaniquement) 10 % d’emplois en plus. Excellent raisonnement, on a vu le résultat . . .

 

 

Effets secondaires, induits ou pervers

 

Triste pronostic, pour sauver des Vies, il va probablement falloir . . . sacrifier des Vies !

L’incidence la plus probable de cette mesure dite de “Sécurité Routière” devrait être de changer de victimes avec, au final, une incertitude sur le nombre total :

  • Y en aura-t-il plus ?
  • Y en aura-t-il moins ?

Car dès qu’une problématique doit prendre en compte le facteur humain, elle devient éminemment plus complexe et des effets secondaires, induits ou pervers bousculent ses règles et ses certitudes.

Quelques éléments tirés de la vraie vie :

 

Lorsque la vitesse est en cause dans de graves accidents de la circulation sur le réseau routier bi-directionnel ce n’est pas à 90 km/h que roule le véhicule en cause mais plutôt à 120, 140 ou 160 km/h.

Une fois la vitesse limitée à 80 km/h, ces mêmes conduites irresponsables ne seront pas réduites pour autant ou seulement à la marge : gageons, on peut se persuader d’y croire, qu’elles pune partieune partieasseront au mieux à 110, 130 ou 150, pourquoi pas….

Conséquence embêtante de cette situation, liée aux lois de physique élémentaire, qui se résume dans l’effet « Boule de Billard”, on sait pertinemment que les victimes sont plus durement touchées dans un véhicule percuté qui roule moins vite que dans un véhicule percuteur qui roule plus vite.

Si l’on rajoute à cela l’incitation de plus en plus forte et de plus en plus contraignante de nos autorités à nous imposer de rouler dans des véhicules de plus en plus petits et de plus en plus légers pour satisfaire aux exigences des normes anti-pollution qui s’imposent, les bons conducteurs obéissants respectant la nouvelle vitesse de 80 km/h se verront donc encore plus exposés au potentiel effet « Boule de Billard”. Une double peine, en quelque sorte.

Si l’on peut admettre en toute hypothèse une éventuelle réduction du nombre des accidents graves sur sections de route bi-directionnelles en suite de la réduction de la vitesse à 80 km/h, on peut être aussi en droit de se poser des questions sur les incidences “négatives” d’une telle mesure en termes d’attention, de vigilance par le triple fait que :

  • plus on roule doucement, plus on s’ennuie, moins on est attentif
  • les véhicules sont de plus en plus “connectés” pour apporter des “services” annexes à des conducteurs de plus en plus addicts aux moyens de communication nomade
  • les notions de respect des règles et de danger pour autrui diminuent avec le double renforcement de l’égo d’une part et de la sensation de sécurité que procurent les véhicules d’autre part

Ainsi :

Moins on roule vite, moins on est attentif et concentré sur sa conduite. D’où le risque d’une capacité à réagir moins rapide et peut-être moins adaptée en cas d’imprévu ou de danger.

Moins on roule vite, plus on s’ennuie ou on se sent en capacité de pouvoir faire autre chose, ce que les technologies connectées permettent : téléphone, sms, chat, messagerie à l’aide des écrans installés de série dans les véhicules récents, de son smartphone, quand ce n’est pas carrément l’ordinateur portable installé sur l’accoudoir central. Il suffit de regarder nombre d’automobilistes cherchant à “tuer le temps” pour les uns ou continuer à être productifs pour les autres, essentiellement dans les trajets pendulaires (statistiquement les plus dangereux) domicile-travail en début de journée, travail-domicile en fin de journée.

Si la vitesse est un facteur aggravant indéniable en matière d’accidentologie, ce que personne ne conteste, elle est loin d’être le seul et la baisser peut avoir pour conséquence « mécanique » de faire augmenter les autres. Alors que beaucoup de conducteurs, notamment parmi les jeunes générations, chattent ou envoient des sms en conduisant en ville ou à faible vitesse, beaucoup moins s’adonnent à ce genre de pratiques (aux conséquences désastreuses) quand la vitesse est supérieure, sur route ou à plus forte raison sur autoroute.

Si la video ci-dessous (cliquer sur l’image) peut aider à quelques prises de conscience sur le sujet (âmes sensibles, ATTENTION, en matière de messages sur la sécurité routière, les Anglais font rarement « dans la dentelle ») :

 

campagne-securite-routiere-sms-volant-angleterre

(âmes sensibles, s’abstenir….)

 

Autres effets pervers probables :

 

Le dépassement des Poids Lourds

En théorie, les véhicules des catégories VL (Véhicules Légers) et VUL (Véhicules Utilitaires Légers) devront rouler à la même vitesse que la plupart de ceux de la catégorie PL (Poids Lourds). En théorie.

Mais en pratique, il y a fort à parier que, loi de Pareto oblige, si 80 % des VL respecteront la limitation de vitesse en roulant sagement derrière un Poids Lourd qui les précède, les 20 % restants (dont bonne partie de VUL) ne supporteront pas cette situation et voudront doubler le plus rapidement possible. Il sera alors nécessaire de doubler non seulement le Poids Lourd mais aussi les VL et VUL qui le suivront, ce qui nécessitera un passage sur la file de gauche d’autant plus long qu’il faudra « remonter » une file conséquente, d’autant plus accidentogène qu’il faudra atteindre une vitesse élevée pour en réduire la durée. Certes ce comportement est hors-la-loi et, réponse des autorités, n’a pas lieu d’être mais, c’est une certitude, il sera !

 

Autre effet Poids Lourds

Ces véhicules sont équipés de limiteurs de vitesse. Différence de taille avec les compteurs de voitures, ils sont étalonnés à la vitesse exacte.

Résultat :

  • Quand le compteur d’une voiture particulière affiche 80, elle ne se déplace en réalité qu’à 75-77 km/h, vitesse réelle variable selon l’étalonnage du compteur
  • Quand le PL est calé sur sa vitesse limitée à 80, il se déplace à 80 km/h réels  

Ce seront donc les VL qui gêneront les PL !
Occasionnant des comportements dangereux et accidentogènes.

Pour n’en citer que deux :

  • Intimidations à craindre de la part de certains conducteurs PL qui auront tendance à « coller » la voiture légère qui les précède et les freine dans leur avancée avec risque de collision en cas de freinage d’urgence
  • Tentatives de dépassements immanquablement dangereuses parce qu’il faut une distance très importante pour permettre à un PL de dépasser un VL : longeur du véhicule, pas ou peu de « reprise », différence minime de vitesse

Les manoeuvres subites

Plus les autres usagers roulent doucement, plus on peut être tenté d’effectuer sa manoeuvre souhaitée sans attendre :

  • démarrer à un stop
  • tourner à gauche en coupant la route de celui qui vient en face
  • s’arrêter brusquement sans tenir compte de celui qui est derrière.

Toutes ces manoeuvres, jusqu’aux plus périlleuses seront facilitées par la baisse globale de la vitesse et deviendront particulièrement dangereuses lorsqu’elles seront opérées devant un véhicule roulant à vive allure, trop vive allure pour la configuration des lieux et le concours de circonstances des véhicules en présence.

 

Le transfert des excès de vitesse

Tant que le contrôle de la vitesse ne sera pas « généralisé » (ce qui est techniquement possible grâce au GPS et une puce embarquée dans les véhicules), il restera sporadique et aléatoire avec une présence et une fréquence plus importantes sur les grands axes que sur le vrai réseau secondaire où la densité de population et de circulation est plus faible et donc la rentabilité financière moins intéressante.

Alors qu’il serait logique que ce soit ce réseau affecté par la mesure en y limitant la vitesse non pas à 80 mais à 70 km/h, il est fort probable qu’il devienne un défouloir où circuleront à vive allure des conducteurs épris de vitesse qui pourront sans grand risque de sanction, à l’abri des contrôles radars qu’il sera difficile de mobiliser dans ces zones, sauf de façon exceptionnelle.

Ainsi, le réseau secondaire reculé de nombreux départements de France risque fort de devenir plus accidentogène avec, en plus, un inconvénient supplémentaire pour les victimes lié aux temps d’intervention des équipes de secours puis d’acheminement vers les centres de soins appropriés.

 

La Conduite sans permis

Alors que nous n’avons jamais été aussi performants en statistiques et pratiques ou outils de mesures en tous genres, désormais le principe est simple, dès que l’on touche à un sujet qui fâche ou qui dérange, on les interdit….

Cependant casser le thermomètre n’a jamais supprimé la fièvre.

En matière de conduite automobile, impossible donc de connaître, de façon officielle, le nombre de personnes qui continuent à conduire, sciemment ou non peu importe, sans permis de conduire et donc sans assurance. Certains chiffres circulent, ils sont invérifiables. Ce qui est certain c’est que depuis la mise en place des systèmes de contrôle automatiques et de répression massive, initiés par Nicolas Sarkozy avant même qu’il ne soit Président de la République, les pertes de point vont bon train et qu’elles entraînent des invalidations de permis de conduire pour un nombre important d’automobilistes dont certains continuent à utiliser leur véhicule. Loin d’être des dangers publics, on peut même aller jusqu’à dire qu’ils sont plutôt plus prudents par peur d’attirer l’attention sur eux et donc le risque de contrôle avec toutes les conséquences que cela peut entraîner, surtout s’ils sont solvables, ont un travail, des revenus….

Ils ne sont cependant pas à l’abri d’un accident, et là c’est d’autres conséquences que cela peut entraîner.

 

Le Moral des Troupes

Que dire du Moral des Troupes parmi les Forces de l’Ordre ? S’il faut un consentement à la loi pour qu’elle soit acceptée par le peuple, il faut aussi un consentement au contrôle et à la répression pour ceux qui ont pour mission de la faire appliquer. Si déjà aujourd’hui certains agents ont bien conscience d’en faire un peu trop avec des contrôles abusifs, pas toujours aux endroits les plus judicieux en terme d’accidentologie, ils seront encore plus nombreux à souffrir dans leur travail quand ils passeront des heures à flasher des automobilistes qui se laisseront aller à 86 km/h au volant d’un véhicule bardé d’électronique, de capteurs, d’ABS, d’ESP, d’ACC, de correcteur de trajectoire, de freinage automatique d’urgence.

Quand la santé au travail, la qualité de vie au travail font partie des priorités dans la gestion des ressources humaines des organisations professionnelles, cet élément mériterait attention.

Intéressant * d’écouter à ce titre cet ancien CRS de la route (cliquer sur l’image) interviewé sur France 3 qui annonce clairement l’erreur de cible de cette mesure. Très certainement que beaucoup de ses collègues en poste souffriront de cette situation.

80kmh-didier-martinez-ancien-CRS-route

* Beaucoup plus pertinent que son protagoniste de la Ligue contre la Violence Routière.

 

Sécurité Routière, vraiment ?

 

N’y aurait-il pas plutôt volonté de contraindre davantage à l’obéissance, sans que l’on puisse poser de questions, sans que l’on puisse réagir, tant pour le peuple que pour les fonctionnaires en charge de l’application de ces décisions ? 

Ce qui pourrait servir de test pour quelques étapes à venir.

De nombreux régimes forts ont commencé par des approches douces. On contraint gentiment, mais on contraint . . .

Puis on contraint de plus en plus, et de plus en plus fort. Nous n’en sommes qu’au début, nous verrons plus tard.

 

Par ce rapide exposé d’un certain nombre d’effets pervers supposés de cette mesure, on peut en effet émettre des doutes sur :

  • le gain potentiel en vies humaines établi par la simple approche arithmétique de la réduction de la vitesse à 80 km/h
  • la sincérité de nos dirigeants à vraiment croire à ce discours . . . 

 

La sécurité routière est avant tout une affaire de comportement. Ses règles fondamentales sont :

  • l’attention
  • la concentration
  • l’anticipation

dans un contexte global de respect des règles collectives, ce qui :

  • est loin d’être le cas
  • serait plutôt en régression dans notre pays.

 

Bientôt, nous roulerons donc à 80 km/h sur le réseau bi-directionnel.